25 mai 2009
La chaleur, probablement...
Vous savez quoi ? J'en ai ras-la-frange ces temps-ci ! Trop de travail et une vieille impression que les journées sont trop courtes. Je ne vais pas vous parler de la crise qui fait criser, du temps orageux qui nous met en vrac mais des vieux sur la route... ben pourquoi pas ? Je n'ai pas fait la promesse d'être sérieuse !
Une vieille dame fait n'importe quoi sur la route. Elle se fait klaxonner mais plutôt que de bouger son véhicule, Mamie s'arrête et descend en vociférant. Je me dis qu'à cet âge-là, elle est bien imprudente de braver une horde d'automobilistes pressée de tracer la route et qu'un seul petit bout d'homme pourrait la percher en haut d'un arbre et l'y laisser pour la nuit. Je me dis aussi qu'à un âge quasi canonique, ne plus conduire serait tout de même une bonne idée. Elle braille encore en remontant dans sa voiture... une folle ! Seule derrière mon volant, je me gondole en regardant Mamie Nova s'escagasser. Quand je dis Mamie Nova, ce serait plutôt Tatie Danièle. Elle finit par déguerpir la vipère et là encore, je me dis que l'éducation fait que personne n'a bronché, que le respect des personnes âgées existe bel et bien. Je me surprends à n'avoir pas plus de respect pour les vieux que pour les jeunes, je veux dire que je ne les respecte pas plus. Quand je bigle une petite grand-mère aux cheveux violets, toute bigoudinée, le nez collé au pare-brise, je ne pense pas respect, je pense à sauver ma peau !
Puisque j'en suis à vous faire partager des choses sans importance, je vais vous dire pourquoi j'aime notre métier... Ouais, je sais que je vous l'ai déjà dit et alors ? Disons que je l'aime parce que je peux y mettre à peu près tout ce que je suis. Je vais donc vous raconter une histoire. Une vraie, bien sûr. Il paraît que je ne suis pas très "académique", ce sont des choses qui arrivent à n'importe qui. Je ne le suis pas, tu ne l'es pas, il... bref, ça arrive. Je n'emploie pas les forceps pour extirper des informations aux familles, elles disent ou se taisent. Je base plus mon travail sur une relation de confiance que sur un bras de fer. Entretiens avec les gamins et avec les familles. Je n'utilise pas toujours l'approche systémique, je laisse mon imagination et celle de mon interlocuteur faire leur chemin. Et le rire n'est pas exclu, je ne suis pas Rachida Dati, je peux le faire ! Une mère arrive le cheveu fou, l'oeil qui frise, je ne la connais pas mais elle a une tête à tenir l''Education Nationale responsable de tous les maux ! Elle vient m'expliquer pourquoi sa fille ne va pas bien... pour le coup, la gamine ne va pas bien ! elle pleure au moins deux fois par jour et elle est chiante comme la pluie. Pas le temps d'en placer une, cette maman me parle de son arrière-grand-mère qui trompait son mari alors qu'à cette époque cela ne se faisait pas du tout. Je m'abstiens du moindre commentaire, j'ai la langue qui me démange mais si j'ouvre mon bec, le discours ne cadrera pas avec l'idée qu'elle peut se faire de l'assistante sociale en milieu scolaire... je souris. Je ne pige pas pourquoi elle sort mémé de la naphtaline mais écouter est une mission... j'écoute donc. L'arrière-grand-père doit se retourner dans sa tombe, je vous le dis, parce que mémé avait du tempérament ! Et cette maman de me sortir tout d'un coup: "voilà pourquoi ma fille ne va pas bien ". Je dois avoir la tronche du randonneur qui croise un ours et la mère ajoute devant mon air imbécile :" Je trompe mon mari, c'est génétique. J'ai lu que l'infidélité était héréditaire". Vous savez quoi ? J'ai éclaté de rire, un truc qui venait de si loin que j'ai failli tomber de ma chaise. Remonter aux calanques grecques, exhumer mémé pour me dire ce qu'a priori personne ne sait et encore moins sa fille, alors là je dois dire qu'on ne me l'avait jamais faite celle-là ! Plus je riais, plus cette femme me paraissait sincère quant à sa recherche de solution au problème de sa fille... Je la sentais aussi soulagée que je me marre. Il arrive souvent que nous sortions les mouchoirs parce que les jeunes pleurent, parce que les parents craquent mais parce que le fou rire vous ravage le maquillage, c'est plus rare. La fille chérie, je le savais depuis deux jours, n'avait qu'un chagrin d'amour et devait s'en tamponner carrément de ce que faisait l'ancienne de ses jupons et de la vie de sa mère. Sans éclat de rire, l'entretien aurait été carrément de la science fiction, le fait d'exploser a permis de communiquer tout à fait librement avec cette maman, sans tabou, sans jugement. Moralité: si vous avez un fou rire intempestif, n'ayez pas peur de le justifier, nous sommes des êtres humains, pas des robots.
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